Expédier ses marchandises : les trois voies comparées
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Points à retenir
- Le commissionnaire de transport répond des transporteurs qu'il choisit, si bien qu'en cas de perte vous vous retournez vers lui et non vers un sous-traitant.
- Sans contrat écrit, le contrat type s'applique : 20 € par kilo perdu ou avarié, dans la limite de 5 000 € par tonne.
- Une déclaration de valeur fixée par vous et acceptée par le commissionnaire remplace ces plafonds ; déclarer moins vous fait renoncer à la différence.
- En cas de retard causant un préjudice prouvé, l'indemnité est limitée au prix de la prestation de commission de transport, droits, taxes et frais divers exclus.
Ce qui passe ici au banc d’essai, ce sont les cadres juridiques et les plafonds publiés, pas des palettes. Le verdict tient en une phrase : entre expédier en direct, confier l’organisation à un commissionnaire ou passer par une place de marché du fret, la vraie différence n’est pas le prix affiché, c’est de savoir qui répond de la marchandise quand elle disparaît, et jusqu’à quel montant. Vous saurez ici qui paie quand la marchandise est perdue ou abîmée, dans quelle limite chiffrée, et ce qu’il faut avoir signé avant pour que cette limite ne vous surprenne pas.
Ce que cette page couvre
Aucun opérateur n’est évalué dans cette page et aucun devis n’est mis en concurrence.
Elle met côte à côte les textes qui s’appliquent par défaut à une entreprise qui confie une marchandise (août 2026). La méthode est publiée, elle dit ce qui est vérifié et ce qui ne l’est pas : notre méthode de notation.
Ce sont des informations générales, qui ne remplacent pas un conseil juridique personnalisé.
Commissionnaire, transporteur, mandataire : la distinction qui décide de tout
Trois mots que les devis emploient comme s’ils étaient interchangeables. Ils ne le sont pas. Le mot qui figure sur votre contrat détermine qui vous devrez attaquer le jour où la marchandise manque à l’arrivée.
Le transporteur déplace, le commissionnaire organise en son nom
Le transporteur, lui, déplace : il exécute le déplacement qu’on lui a commandé. Le commissionnaire de transport, au sens de l’article L1411-1 du code des transports, est celui qui organise et fait exécuter, sous sa responsabilité et en son nom propre, un transport de marchandises pour le compte d’un commettant — et selon les modes de son choix.
Cette formule mérite d’être traduite. « En son nom propre » veut dire qu’il contracte lui-même avec les transporteurs, sans vous. « Selon les modes de son choix » veut dire qu’il décide de la route, du rail, du maritime ou de la combinaison des trois. Vous lui achetez un résultat, pas un camion. Concrètement, ça donne un interlocuteur unique qui reste votre interlocuteur même quand le camion n’est pas le sien : c’est ce que vous payez en passer par un commissionnaire plutôt qu’en appelant vous-même un transporteur.
Le mandataire, ou transitaire, agit au nom d’autrui
Le mandataire n’agit pas en son nom : il agit au nom d’autrui, c’est-à-dire au vôtre. Il n’endosse donc pas la même chose que le commissionnaire, puisque ce n’est pas lui qui s’engage envers le transporteur. Le point qui coince est là : la même prestation apparente peut relever de deux régimes différents selon la qualité sous laquelle votre prestataire a contracté.
Un point de vérification, et un seul, avant de signer : un commissionnaire doit être inscrit au registre des commissionnaires tenu par la DREAL, sous quatre conditions — honorabilité, capacité professionnelle, capacité financière, établissement. Demandez-lui son inscription.

Qui paie si la marchandise est perdue ou abîmée
Le commissionnaire répond aussi de ceux qu’il a choisis
C’est le cœur de ce que vous achetez. Le commissionnaire répond des transporteurs qu’il substitue : il garantit leur fait. Cela va au-delà de l’engagement d’un transporteur simple, qui ne répond que de lui-même.
Dans les faits, ça change la personne à qui vous écrivez. Vous n’avez pas à identifier quel sous-traitant a laissé tomber la palette pour aller lui réclamer quoi que ce soit. Vous vous retournez vers celui qui a organisé.
Les limites chiffrées du contrat type commission de transport
Cette garantie a un plafond, et il est bas. Le contrat type de commission de transport, approuvé par le décret n° 2013-293 du 5 avril 2013, fixe — tel que l’analysent les publications spécialisées qui l’ont commenté — l’indemnité due par le commissionnaire pour perte ou avarie à 20 € par kilogramme de poids brut manquant ou avarié, sans pouvoir dépasser 5 000 € multipliés par le poids brut de l’envoi exprimé en tonnes.
Ces montants sont relevés dans des analyses publiées du décret : vérifiez-les sur le texte du décret avant de signer.
Deux conditions encadrent ces plafonds, et un plafond cité sans elles est une règle fausse. Ils s’appliquent à défaut de convention écrite contraire entre vous et votre commissionnaire. Et ils cèdent devant une déclaration de valeur, dont il est question plus bas.
Voici comment se lit la double limite. Les deux calculs se font, et c’est le plus faible qui s’applique — le montant au kilo d’abord, le plafond à la tonne ensuite. La conséquence pratique tient en une question : mettez votre valeur de marchandise en face du poids qui la porte. Si votre marchandise vaut nettement plus de 20 € le kilo, l’écart entre ce qu’elle vaut et ce que le contrat type prévoit est à votre charge. 20 €/kg.
Le retard s’indemnise à part, et au maximum au prix de la prestation
Le retard n’entre pas dans les plafonds ci-dessus : il a son propre régime. Toujours selon les analyses publiées du même contrat type, en cas de retard à la livraison causant un préjudice prouvé, la réparation est limitée au prix de la prestation de commission de transport, droits, taxes et frais divers exclus.
Retenez les deux verrous. Le préjudice doit être prouvé — ce n’est pas un forfait automatique. Et le plafond, c’est ce que vous avez payé pour l’organisation, pas ce que le retard vous a coûté en chaîne. Un arrêt de ligne de production n’est pas couvert par ce mécanisme.
La déclaration de valeur : le seul levier qui remplace ces plafonds
C’est l’information la plus actionnable de cette page. Le donneur d’ordre — vous — peut souscrire une déclaration de valeur. Fixée par vous et acceptée par le commissionnaire, elle se substitue aux plafonds d’indemnité décrits plus haut, toujours d’après les analyses publiées du contrat type.
Deux conditions, encore : elle doit être fixée par vous, et acceptée par lui. Une valeur que vous mentionnez dans un mail sans accord en face ne remplace rien.
Et une mise en garde, dans le sens que personne ne vous dira spontanément : déclarer une valeur inférieure à la réalité pour alléger la facture, c’est renoncer par avance à l’indemnité correspondante. Vous ne payez pas moins cher un risque, vous le gardez pour vous. Le jour du sinistre, c’est votre chiffre qui sert de référence, pas la valeur réelle de la marchandise.
Une indemnisation ne se garantit pas d’avance. Vous pouvez la demander ; elle s’apprécie au cas par cas, dans les limites du contrat type applicable.
Ce que ça coûte vraiment : ce que dit le droit, et ce qu’il faut demander
Sans contrat écrit, un texte s’applique quand même
Beaucoup de dirigeants croient qu’en l’absence de contrat signé, tout reste ouvert. C’est l’inverse. À défaut de contrat écrit entre le commettant et le commissionnaire, le contrat type approuvé par décret s’applique de plein droit : c’est l’article D1432-3 du code des transports.
Ne pas signer, ce n’est donc pas être libre. C’est se voir appliquer le contrat type par défaut, plafonds compris. Si vous voulez autre chose que 20 € le kilo, il faut l’écrire ou déclarer la valeur.
Le délai de paiement est plafonné à 30 jours
Un point de trésorerie, souvent découvert trop tard par les PME qui négocient à 45 ou 60 jours ailleurs. En transport routier de marchandises, le délai de paiement convenu ne peut dépasser 30 jours à compter de la date d’émission de la facture. Tout retard donne lieu de plein droit à une pénalité de retard.
Ce qui n’est pas chiffré ici
- Les prix. Aucun tarif n’est vérifié : ni prix de palette, ni messagerie, ni affrètement, ni commission moyenne, ni surcharge gazole. Vous ne trouverez aucun montant de prix dans cette page, pas même « à partir de » ou « en moyenne » : demandez-les par écrit avant de signer.
- Le seuil de rentabilité. Aucun volume à partir duquel déléguer devient rentable n’est établi. Aucun chiffre du type « à partir de tant d’envois par mois » n’est donné ici.
- Les délais. Aucun délai n’est donné ici, pour aucun des trois modes d’expédition : demandez-le par écrit.
- Les plafonds du côté « transport en direct ». Les limites d’indemnité du contrat type général de transport routier ne sont pas reprises ici : la comparaison des plafonds entre le direct et la commission n’est donc chiffrée que du côté commissionnaire. Demandez au transporteur la limite d’indemnité qu’il applique.
- Les places de marché du fret. Aucune grille tarifaire, aucun cadre de responsabilité, aucune condition générale n’est reprise ici, pour aucun opérateur : elles existent comme catégorie, mais aucune n’est évaluée ni citée nommément.
À partir de quand ça vaut le coup de déléguer
Aucun seuil chiffré n’est établi : la question se traite par les critères. Ils se lisent en quelques minutes sur votre propre activité.
- Le nombre de destinations. Un client unique et récurrent ne pose pas le même problème d’organisation qu’une dizaine de points de livraison dispersés.
- La régularité. Un flux régulier se contractualise en direct plus facilement qu’un flux irrégulier, qui demande de retrouver un moyen de transport à chaque fois.
- Votre capacité à gérer un litige en interne. Réclamer, prouver, relancer, chiffrer : c’est du temps de quelqu’un. Si personne ne l’a chez vous, avoir un seul interlocuteur qui répond de ses substitués vaut mieux qu’une économie sur la ligne transport.
- La valeur de votre marchandise rapportée aux 20 €/kg. C’est le critère le plus concret. Divisez la valeur d’un envoi par son poids brut en kilos. Si le résultat dépasse largement 20 €, le plafond du contrat type ne vous couvre pas, et la vraie question n’est plus « déléguer ou pas » mais « déclaration de valeur ou pas ».
Les questions à poser avant de signer
Quel contrat s’applique à défaut d’écrit entre nous ?
La bonne réponse est le contrat type approuvé par décret, qui s’applique de plein droit. Un prestataire qui hésite sur ce point ne connaît pas son propre cadre.
Quelle est la limite d’indemnité en cas de perte ou d’avarie ?
Faites-la écrire. Et faites préciser si une convention écrite y déroge.
Une déclaration de valeur est-elle possible, et à quel prix ?
Le prix n’est pas donné ici — c’est à lui de vous le donner par écrit, chiffré, avant signature.
Qui est le transporteur réellement exécutant ?
Vous pouvez le demander. Cela ne change pas votre recours, qui reste dirigé vers le commissionnaire, mais cela vous dit ce qui se passe vraiment derrière le devis.
Quel délai de paiement figure au contrat ?
Au-delà de 30 jours à compter de l’émission de la facture, en transport routier de marchandises, la clause sort du cadre.
Êtes-vous inscrit au registre des commissionnaires ?
Demandez l’inscription et vérifiez-la.
Ce banc d’essai porte sur le cadre qui s’applique quand vous confiez une marchandise à un commissionnaire, et sur ce qu’il plafonne. Tout ce qui a un prix, un délai ou un volume doit être demandé par écrit au prestataire.
Sources
- Légifrance
- Bulletin officiel du ministère de la Transition écologique